L'emprise psychologique (partie 2)

Dans un précédent article, nous avons défini le phénomène de l'emprise psychologique, évoqué les moyens et situations par lesquelles l'emprise se manifeste et discuté le profil de l'empriseur ou encore de la personne à risque. Dans cette deuxième partie, vous en saurez plus sur l'emprise sectaire (de groupe), et bénéficierez de précieux conseils pour savoir quoi faire en situation d'emprise.


Finalement, l'emprise thérapeutique est également une réalité qu'il convient d'aborder dans ce thème : assurez-vous que le professionnel qui vous accompagne aie vos meilleurs intérêts à coeur !


La relation conjugale est un lieu d'emprise fréquent, mais loin d'être unique

Au sein de groupes ?


Le phénomène d'emprise peut se retrouver au sein de groupes, notamment sous la forme d'emprise sectaire. Dans le cas d'un tel phénomène d'emprise, le groupe est le lieu d'une aliénation, où les victimes subissent une violence désubjectivante (Diet, 2007).

Prend place tout un processus d'embrigadement et de conversion aliénante.


On retrouve souvent, dans des groupes où opère une emprise sectaire, un double discours fondé sur la tromperie, une idéologie de la pureté, la recherche d'une forme de profit (soit-il spirituel, de pouvoir ou de santé), et un discours messianique donnant lieu à une dramatisation qui permet l'emprise.


Il sera important pour les victimes de voir reconnue cette forme de violence psychique, afin de permettre le travail psychologique, donner sens aux expériences vécues, et pouvoir les circonscrire dans l'espace de leur apparition, les relayant ensuite au passé.


Il sera important pour la victime d'une telle violence désubjectivante que soit reconnu le phénomène d'emprise groupale dont elle a fait - et fait peut-être encore - l'expérience.

En effet, non seulement la souffrance véritable ressentie doit être validée par le/la psychologue, mais les mécanismes qui sont peut-être encore à l'œuvre, et par lesquels la personne risquerait de retomber dans les pièges relationnels du groupe, doivent être expliqués et neutralisés.


Que faire ?


La prise en soins peut être relativement complexe, et impliquer une évaluation médico-psycho-légale, afin de déterminer le statut et la gravité des actions posées dans le cadre de la relation d'emprise.

Tant pour la personne emprisée que la personne empriseuse, il s'agira de réapprendre, pour l'une, et d'apprendre pour l'autre, l'empathie, respectivement.

La réciprocité - ne pas faire aux autres ce que l'on ne souhaiterait pas qu'on nous fasse - et la reversibilité - c'est-à-dire la prise en compte directe des opinions et sentiments de l'autre dans son altérité - sont au cœur du processus thérapeutique. Plus loin, le traitement, pour chacune des parties consisterait à soigner des troubles véritablement psychotraumatiques.

  • Pour la personne emprisée, il s'agira d'initier et persister dans un processus de reconstruction de soi, de son identité et de sa singularité propres. Un obstacle qu'il lui faudra dépasser est la résurgence d'une mémoire traumatique, l'amenant à une forme de loyauté vis-à-vis de l'empriseur-e.

  • Pour la personne empriseuse, la plupart du temps, la thérapie s'effectuera dans le cadre de soins ordonnés par la justice, pour peu qu'une démarche juridique ait été initiée.

Quid de la relation thérapeutique ?


Enfin, des phénomènes d'emprise peuvent prendre place dans le cadre de relations d'aide de types divers et variés, comme l'a mis en évidence et analysé Patricia Padovani (2017), dans le cas de toute une famille emprisée par une kinésithérapeute.

Afin de se situer dans sa propre relation thérapeutique avec un-e professionnel-le quelconque, vous pourrez vous assurer que :

  • vous pouvez toujours bénéficier de votre liberté d'agir et de penser ;

  • vous pouvez à tout moment demander à votre thérapeute de justifier son approche et ses démarches, et il/elle doit toujours montrer être capable de remettre en question ses évaluations et interprétations ;

  • vous pouvez mettre un terme à la relation d'aide sans résistance, si ce n'est des recommandations, de la part de votre thérapeute ;

  • si le travail sur soi peut impliquer des états légers à modérés de souffrance, ceux-ci ne doivent jamais, absolument jamais, être des fins en soi ;

  • votre thérapeute fait preuve d'une attitude bienveillante, et agit avec bienfaisance et non-malfaisance ;

  • votre thérapeute est correctement formé-e pour pratiquer les soins proposés.


Un psychologue et son client en consultation en plein air
Un psychologue et son client en consultation

Liens utiles

https://www.curml.ch/psychiatrie-legale-pl

Bibliographie

  • Diet, Emmanuelle (2007). La groupalité sectaire : Emprise et manipulation, in Edith Lecourt, Modernité du groupe dans la clinique psychanalytique (pp. 149-164). Actualité de la psychanalyse, Eres.

  • Dorey, Roger (1992). Le désir d'emprise : Discussion du rapport de Paul Denis sur "Emprise théorie et des pulsions", in Paul Denis, De l'emprise (pp. 1423-1432). Revue Française de Psychanalyse, 5.

  • Dorey, Roger (2013). Chapitre 7 : La relation d’emprise, in Roland Coutanceau et al., Troubles de la personnalité (pp. 88-112). Psychothérapies, Dunod.

  • Hanafy, Isis ; Marc, B. (2017). Analyse médico-psychocriminologique de violences contemporaines. Ethids, Medicine and Public Health, 3, 74-82.

  • Le Goff-Cubilier, Valérie. Clinique de la relation d’emprise dans le couple et principes de traitement.

  • Padovani, Patricia (2017). Victimologie de l’emprise mentale : Abus de situation de faiblesse sur des patients en psychothérapie. Diplôme universitaire : victimologie.

  • Payet, Geneviève (2013). Emprise psychologique, in Marianne Kédia et al., L'Aide-mémoire de psychotraumatologie (pp. 114-120). Aide-Mémoire, Dunod.


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