Comment ne pas passer à côté du bonheur ?

Mis à jour : juin 24

L’horloge arrêtée à sept heures / Petite histoire bienfaisante


Nathalie Gay, psychologue, prend régulièrement la plume pour nous partager ses textes, le résultats de ses lectures et réflexions. Elle nous parle aujourd'hui du sentiment de passer à côté du bonheur.


Une sensation de décalage avec le monde


Je ne sais pas ce qu’il en est pour vous, mais pour ma part il m’arrive de me sentir loin de la vie que j’aimerais mener - ou plutôt loin de la vie que j’imagine serait digne d’être vécue. Suis-je entrain de passer à côté de quelque chose ? Est-ce que je m’y prends de la bonne manière pour faire de ma vie une « bonne » vie ? Comment être plus souvent sur un chemin heureux? Dans ces moments j’ai l’impression de n’être pas au bon endroit, pas au bon moment; un peu trop tôt ou un peu trop tard, à la traîne. Je ressens une désagréable sensation de décalage avec le monde. L’histoire suivante m’a tapé dans l’oeil. Elle vous fera certainement résonner autrement que moi, c’est ce que permet le conte philosophique, de mon côté j’y ai trouvé une pensée douce sur le chemin de la vie et la poursuite du bonheur.

Horloge murale et plante

Une histoire sur le bonheur


Sur l’un des murs de ma chambre est accrochée une belle et très vieille horloge qui ne marche pas. Ses aiguilles, arrêtées depuis bien longtemps, marquent imperturbablement la même heure: sept heures précises.

La plupart du temps, l’horloge n’est qu’une inutile décoration sur un mur vide, blanc. Toutefois, il y a deux moments dans la journée, deux instants fugaces, où la vieille horloge, tel un phénix, semble renaître de ses cendres.

Lorsque toutes les horloges de la ville, dans leur course folle, marquent sept heures, et que les coucous et les gongs des autres pendules répètent sept fois leur chant, la vieille horloge de ma chambre reprend vie. Deux fois par jour, matin et soir, l’horloge est en parfaite harmonie avec le reste de l’univers. Si quelqu’un regardait l’horloge uniquement à ces moments-là, il dirait qu’elle marche parfaitement… Mais tout de suite après, alors que les autres horloges se taisent et que leurs aiguilles poursuivent leur ronde monotone, ma vieille horloge perd la cadence et reste fidèle à cette heure qui un jour a interrompu sa course.


Et moi, j’aime cette horloge. Et plus je parle d’elle, plus de l’aime, car il me semble que je lui ressemble chaque jour davantage.


Je suis moi aussi arrêté dans un temps. Je me sens moi aussi cloué et immobile. Je suis moi aussi, en quelque sorte, un ornement inutile sur un mur vide. Mais je profite également d‘instants fugaces où, mystérieusement, vient mon heure.

Dans ces moments, j’ai l’impression de vivre. Tout est clair et le monde devient merveilleux. Je peux créer, rêver, voler, dire et sentir plus de choses au cours de ces instants que tout le reste du temps. Ces conjonctions harmoniques se produisent et se répètent à maintes reprises, telle une séquence inexorable.


La première fois que je l’ai ressenti, j’ai essayé de m’accrocher à cet instant, croyant que je pourrais le faire durer toujours. Mais il n’en fut rien. Comme mon amie l’horloge, à moi aussi m’échappe le temps des autres.

… Passé ces moments, les horloges qui habitent les autres hommes continuent leur ronde, et je retourne à la mort statique de mon train-train, à mon travail, à mes conversations de café, à cette ennuyeuse déambulation que j’ai l’habitude d’appeler la vie.


Mais je sais que la vie est autre chose.


Je sais que la vie, la vraie vie, est la somme de ces instants qui, bien que fugaces, nous permettent de percevoir notre syntonie avec l’univers.


Il n’y a que des instants de plénitude; ceux qui ne le savent pas, et s’obstinent à vouloir vivre pour toujours, seront condamnés au monde de la grisaille et à la déambulation répétitive du quotidien. C’est pourquoi je t’aime, vieille horloge. Parce que nous sommes pareils, toi et moi.

A-t-on besoin d'être comme tout les autres ?


A la lecture de cette histoire, j’ai la sensation bienfaisante que je ne passe pas à côté de ma vie quand je ne suis pas alignée avec les autres horloges du monde. Tous ces moments fugaces de plénitude sont suffisants pour une «bonne» vie. Je n’ai pas besoin d’y être toujours. Tout comme il faut la nuit pour voir la lumière des étoiles, il faut l’ordinaire pour ressentir l’extraordinaire.

D’après une histoire de Giovanni Papini (écrivain italien) repris par Jorge Bucay (psychiatre-psychothérapeute argentin) dans son livre Laisse moi te raconter les chemins de la vie.

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